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Pour accroître leurs chances sur un marché de l’emploi tendu, les jeunes accumulent les formations haut de gamme. Utile et malin, à condition de ne pas trop retarder son entrée sur le marché du travail.

Sur la place de Paris, on dénombre à l’heure actuelle 14 normaliens qui sont devenus avocats d’affaires et non professeurs, profession à laquelle leurs études étaient censées les amener. A lui seul, le cabinet Cleary Gottlieb Steen & Hamilton en compte 5, dont François Brunet, associé spécialisé en droit de la concurrence et chargé du recrutement. « Il y a toujours eu des normaliens qui savaient dès le départ, en arrivant rue d’Ulm, qu’ils ne feraient pas carrière dans l’enseignement, expliquet-il. Ils suivaient, en parallèle ou après l’école, des études de droit ou la filière Sciences Po-ENA. Mais depuis quelques années le phénomène s’est intensifié. Aujourd’hui, ils sont plusieurs chaque année, sans compter les normaliens de Cachan, qui deviennent avocats et se placent ensuite dans les instances de régulation, notamment les autorités de la concurrence.

Les normaliens ne sont pas les seuls jeunes diplômés à s’orienter vers le droit. « Cela reflète le fait que les métiers d’avocat d’affaires et de régulateur sont devenus beaucoup plus intéressants que par le passé, aussi bien pour l’importance des dossiers que pour la complexité intellectuelle et la rémunération », poursuit François Brunet. Lui-même est sorti très vite de la voie littéraire : DEA de droit des affaires, master de finances à HEC, université Waseda de Tokyo et deux ans au sein de Paribas-Tokyo, avant d’entrer dans le cabinet d’avocats. Une diversité de formations qu’il recommande vivementaux candidats à l’emploi : « Aux jeunes diplômés qui viennent sonner à notre porte, nous recommandons de poursuivre leurs études en allant faire un LLM (Master of Laws, l’équivalent d’une maîtrise de droit) aux Etats-Unis. D’abord, parce que les perspectives de recrutementen 2009 ne sont pas bonnes, même si nous continuons d’embaucher une dizaine de collaborateurs par an. Ensuite et surtout, parce que, dans un contexte de mondialisation, il est nécessaire qu’ils deviennent totalement biculturels. Ces dernières années, ils étaienttellement sollicités que nous avions du mal à leur imposer cette formation supplémentaire. Aujourd’hui, ils écoutent davantage notre conseil. »

Lorsque le marché de l’emploi se tend, les étudiants peaufinent leur formation et leur CV, confirme Pierre Aliphat, délégué général de la Conférence des grandes écoles. Leur stratégie est soit d’approfondir leur spécialisation, soit d’obtenir un panel de compétences plus large. Certains cherchent une signature : ils font un mastère spécialisé dans une très grande école, qui apporte un réseau des anciens mais aussi une marque. » « Si l’on veut être recrutable, il fautau moins un master. Après c’est l’escalade! » s’exclame Charlotte Perreau. Nantie d’une double maîtrise de droit français et britannique, elle a vu avec inquiétude les CV arriver dans un cabinet d’avocats où elle était stagiaire. Autant de candidatures triées, évincées, sélectionnées. Depuis, elle a décidé de muscler sa formation en « cochant les cases qui manquaient ». Elle n’est pas la seule dans ce cas. Pierre-Arthur Chatard, ingénieur diplômé de l’Ecole des mines de Saint-Etienne, poursuit des études à l’Essec. Un stage dans un cabinet de conseil lui a servi de révélateur: il y a croisé un médecin sorti de l’ENA et un ingénieur passé par une école de management. Ce n’est pas tant l’empilage des diplômes qui l’a impressionné, mais plutôt le fait de constater que « ces personnalités sont capables de s’adapter à toutes les situations et à tous les interlocuteurs ». « Regardez les petites annonces, note la sociologue Marie Duru-Bellat, auteure de Sociologie de l’école (1999) : les diplômes sont toujours beaucoup plus mis en avant en France qu’en Angleterre.

Les jeunes entrent tard dans le monde du travail et ont peu l’habitude de gagner leur vie pendant leurs études. Le phénomène Tanguy se renforce avec la crise. » Le directeur d’HEC, Bernard Ramanantsoa, constate que les mastères spécialisés ont attiré 10% de candidats supplémentaires cette année. Le 11 mars, la commission trimestrielle de la Conférence des grandes écoles devait examiner 25 demandes d’accréditation de mastères spécialisés, contre une petite dizaine entemps normal. Attention toutefois à l’accumulation stérile de diplômes. Les recruteurs S’accordent à dénoncer les « cumulards » qui ne font que retarder le moment d’entrer sur le marché du travail.Jérôme Eymery gère l’équipe de recrutement des ingénieurs à Areva. Il témoigne : « La double compétence est un atout, mais cela peut aussi être le signe qu’un jeune ne sait pas se lancer. » Pas facile de trouver la bonne durée de formation en période de crise…


Dossier complet publié dans l’Expansion d’avril 2009

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