Face à la compétition internationale de la Tunisie, de la Chine et surtout du Bangladesh, une manufacture de corsetterie et de lingerie française résiste encore et toujours : Les Atelières. Leur recette ? Le luxe, un produit 100% français et des innovations en termes d’organisation du travail.

Le ronronnement électrique des machines à coudre et les conversations des ouvriers emplissent la manufacture de corsetterie et de lingerie haut de gamme de Villeurbanne, dans la banlieue de Lyon. Dans cette petite entreprise industrielle, Les Atelières, 27 couturiers s’affairent, concentrés. Ils manient avec précision un morceau de dentelle, de tulle ou de soie sous le martèlement régulier de l’aiguille. Si cette activité semble aujourd’hui bien rodée, elle n’avait pourtant rien d’évident il y a quelques mois seulement. Pour cette production lancée le 14 janvier 2013, le combat pour maintenir cette activité en France a été dur et il continue à l’être.

Le pari était risqué : il s’agissait de relancer une activité manufacturière textile, un secteur sinistré. Une histoire qui s’est écrite dans le prolongement d’un coup dur pour l’industrie française : la liquidation, le 22 décembre 2011 de l’emblématique marque Lejaby. Dans le projet de reprise jugé convaincant par le tribunal de commerce de Lyon, la partie industrielle de l’activité n’est pas concernée. L’un des derniers ateliers de France possédant un savoir-faire de couture haut de gamme ferme alors ses portes.

Une lyonnaise, chef d’entreprise, ne l’accepte pas. Muriel Pernin, à la tête d’une agence de communication, souhaite relancer l’activité et ce savoir-faire français. Si elle ignore tout de cette industrie, elle compte sur les connaissances des couturiers qu’elle recrute chez Les Atelières, une société coopérative d’intérêt collectif créée pour l’occasion.

Un an après l’ouverture des portes de la manufacture, cette dernière réalise une production 100% locale, appréciée dans le secteur du luxe. Un argument marketing que l’entreprise n’hésite pas à mettre en avant. Une cocarde bleu-blanc-rouge accueille même les visiteurs à l’entrée de l’atelier. Une autre surplombe les couturières.


Grâce à cette politique de production nationale, la société Les Atelières a réussi à remplir son carnet de commandes. Elle produit pour La maison Lejaby, mais aussi pour d’autres marques de lingerie et de jeunes couturiers. Aussi encourageant que cette nouvelle puisse paraître, la bataille n’est toujours pas gagnée et doit se mener sur le champ de la productivité. Or, organiser une production de petite série, c’est-à-dire répondre à des commandes allant de 100 à 1000 pièces, qui elles-mêmes comprennent plusieurs modèles – culottes, strings, tanga, soutien-gorge couvrant ou à balconnet… –  et plusieurs tailles, est loin d’être facile. Pour y parvenir, l’atelier a dû trouver sa propre organisation du travail, entre la réalisation artisanale de lingerie haute couture et une production taylorisée propre à l’industrie manufacturière.

Pour ce faire une recherche en génie industriel a été réalisée, notamment grâce à un partenariat avec le laboratoire spécialisé de l’école d’ingénieur de l’INSA de Lyon. Des îlots de production de 4 à 5 couturiers sont créés pour prendre en charge toute ou partie d’une commande. Placées sur des tables à roulettes, les machines à coudre peuvent être réunies rapidement pour créer un poste de travail spécialisé et adapté à chaque produit. Une sorte de lean adapté au luxe.

Chaque îlot est piloté par un responsable de production. Il répartit les tâches entre les ouvriers le composant, les alerte sur les difficultés de l’ouvrage et s’assure de la qualité du produit livré.

Pour faire tourner cette mécanique flexible, Les Atelières ont aussi adapté le système Kanban : les flux sont gérés grâce à l’approvisionnement des îlots par des bacs de matières premières.


Ces bacs sont en effet le moyen de faire la liaison entre les trois grandes étapes de production :

ETAPE 1 : LA DÉCOUPE DES TISSUS

Les matières premières sont livrées par les clients, découpées dans l’atelier grâce aux patrons et réparties dans les bacs, afin d’être ensuite assemblées par les couturiers.

ETAPE 2 : LA COUTURE ET L’ASSEMBLAGE

Chaque îlot spécialisé reçoit plusieurs bacs d’un même modèle, classés par tailles. Les tâches sont réparties entre les 4 à 5 couturiers qui le composent. La somme de leur travail donne la pièce de lingerie.

ETAPE 3 : LE CONTRÔLE QUALITÉ

Chaque couturier travaille régulièrement au pôle qualité. Tous prennent ainsi conscience des sources mais aussi des coûts des défauts de production, dans une démarche d’amélioration continue.

Avec une qualité reconnue, une production nationale et une productivité qui ne cesse de s’améliorer, l’expérience des Atelières est, en ce début d’année, un message encourageant pour notre industrie française. Le travail de cette nouvelle société semble désormais convaincre les investisseurs. Si les chèques ne sont pas encore sur le bureau de Muriel Pernin, cette dernière se dit « confiante » : « Les promesses d’investisseurs industriels et institutionnels mais aussi de particuliers qui peuvent entrer au capital à partir de 5 000 euros, dépasse déjà la somme des 400 000 euros nécessaires pour assurer la pérennité de l’entreprise. »  Il ne reste plus qu’à transformer l’essai pour prouver qu’avec un peu d’innovation et un positionnement haut de gamme, il est encore possible de créer des emplois dans l’industrie française du textile tout en demeurant rentable.


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