Tandis que les entreprises innovantes se tournaient systématiquement vers des fonds américains il y a trois ans seulement, le capital-risque français monte en puissance.
C’est un sujet de souveraineté qui se joue actuellement dans le capital-risque. Comment l’Europe peut-elle prendre sa place dans la révolution numérique, voire rivaliser avec les Gafa (Google, Amazon, Facebook, Apple), si ses pépites restent à l’état brut et n’atteignent pas la solidité nécessaire pour tenter l’aventure boursière ? « Sans fonds de capital croissance capables de développer les entreprises qui ont déjà un « business model » mais pas encore un résultat financier stable, ces dernières ne deviendront jamais assez grandes pour être concurrentielles, répond Jean-David Chamboredon, président exécutif du fonds d’investissement ISAI et coprésident de France Digitale.
L’Asie, elle, n’a pas attendu et peut déjà se targuer d’avoir de très nombreux géants, les BATX (pour Baidu, Alibaba, Tencent et Xiaomi, NDLR). » Suite au Brexit, la Place de Paris a tout à fait sa place dans cette course. « Amsterdam a les capitaux ; Paris a l’écosystème de start-up et de PME innovantes ; Berlin quelques très gros acteurs; chacune a sa chance », résume Jean-David Chamboredon. La France a aussi beaucoup à perdre dans cette compétition. « Il s’agit d’assurer notre avenir, rappelle l’investisseur. Les fonds américains et britanniques misent aujourd’hui sur nos entreprises, mais qu’en sera-t-il si la conjoncture se rafraîchit ? »
Déjà, des fonds américains ont permis à des start-up françaises de briller. Partech Ventures ou Accel Partners voient Paris comme un eldorado potentiel. Ces fonds ont recruté des Français qui ne cessent de naviguer entre Londres et Paris en quête d’opportunités d’investissement. Omri Benayoun, ancien haut fonctionnaire de Bercy et cadre dirigeant de Casino, est à présent general partner de Partech Ventures : « Nous nous sommes lancés début 2015, avec un fonds de 400 millions d’euros capable d’investir des tickets de 10 à 40 millions d’euros dans des entreprises technologiques à forte croissance, dit-il. Nous avons réalisé 9 investissements dont 2 dans l’Hexagone. » Certes, ce fonds précurseur annonce une tendance mais la France – aussi bien représentée dans le fonds que le Royaume-Uni mais deux fois moins que les Etats-Unis – ne saurait compter que sur ces fonds américains.