Des cantines scolaires aux stades de foot, la région Auvergne-Rhône-Alpes impose sa marque tous azimuts. Quitte à dépasser le budget, plus de 7 millions d’euros cette année. Un marketing territorial offensif, qui sert parfois plus les ambitions politiques de Laurent Wauquiez que l’image de sa région.

Laurent Wauquiez n’a pas perdu son âme d’enfant. Mais quand certains élus s’initient au Meccano institutionnel ou au Monopoly budgétaire, le président de la région Auvergne-Rhône-Alpes, lui, préfère les Lego. Cet été, le patron des Républicains inaugurait à Clermont-Ferrand l’exposition « Ma Région en briques » : quatorze monuments emblématiques du territoire reproduits en miniature via le célèbre jeu de construction. La basilique de Fourvière, la caverne du Pont-d’Arc et, bien sûr, l’incontournable cathédrale Notre-Dame du Puy-en-Velay, fief de Laurent Wauquiez, tous dupliqués grâce à « 257 000 briques et 1600 heures d’assemblage », proclame le site de la collectivité. L’ensemble a été installé à l’Hôtel de Région de Lyon de septembre à fin novembre.

L’objectif ? « Que vous vous appropriez ce que sont nos racines et d’où vient notre pays », expliquait-il aux adolescents invités lors de l’inauguration. De quoi mettre en avant le patrimoine de la région, mais aussi l’un des thèmes de prédilection du patron des Républicains. Un petit coup de com’ au budget conséquent : selon les informations recueillies par Mediacités, l’événement aura tout de même coûté la “bagatelle” de 218 554 euros , versée au prestataire Epicure Studio, en comptant le coût de la communication et des ateliers pédagogiques ! Soit près de 85 centimes d’euros par brique de Lego exposée.

Ce genre de dépense n’empêche pas la collectivité de crier sur tous les toits être « la région la mieux gérée de France » depuis près d’un an. Le slogan apparaît sur la photo d’une mère et de son enfant, dans une publicité pleine page dans la presse régionale- voire nationale comme dans Le Monde en janvier dernier. Le prix de cette campagne ? Impossible de le savoir car la région a toujours refusé de répondre à cette question. Mediacités a tout de même pu se procurer un ordre de grandeur. Dans un document de travail des services de la région de juin 2018, la société MediaTrack propose de « gérer les espaces publicitaires ponctuels » pour un montant de 1,015 million d’euros. Sur la base de cette proposition, la région a retenu sa candidature, indiquant ainsi que ce prix lui convenait. Mais cette somme ne constitue absolument pas un plafond puisqu’il s’agit d’un « accord cadre exécuté par bons de commandes », ces derniers pouvant excéder à tout moment le montant indiqué dans l’appel d’offres !

Affiche région mieux gérée de France
Début 2018, la région a acheté une pleine page de pub dans l’édition papier du Monde – Photo MP

« Cette campagne est une bonne illustration de la problématique de la communication de notre région, souligne Jean-François Debat, président du groupe d’opposition PS & Démocrates. Certes, la région a le droit et le devoir de communiquer auprès de ses citoyens. Mais pourquoi dans la presse nationale ? Est-ce vraiment utile pour les Auvergnats et les Rhônalpins ? Et, surtout, pourquoi refuser de donner le prix d’une telle opération financée par de l’argent public ? »

Des panneaux à l’entrée de chaque village subventionné

« Si l’on pense au bien public, pourquoi également dépenser 1,2 million d’euros en panneaux de signalisation à l’entrée et à la sortie de chaque ville ayant reçu plus de 3 600 euros de subvention », poursuit l’élu régional. C’est, par exemple, le cas de la commune de Novacelles (Haute-Loire) pour une isolation phonique d’une salle multi-activités financée à hauteur de 3 735 euros. Cette signalétique est systématique. La commune de Montarcher (Loire) a dû s’y plier après avoir reçu 11 960 euros pour financer 40 % de… ses toilettes publiques.

« Sa stratégie, c’est le martèlement, l’omniprésence, complète Ludivine Piantoni, conseillère régionale pour le Parti radical de gauche. Force est de constater que le nouveau logo de la région est partout où il peut être placé. » C’est-à-dire là où la collectivité locale est compétente : trains express régionaux, lycées et parcs. « Afin d’accélérer cette mise aux couleurs régionales, la Région a décidé de prendre en charge la réalisation de panneaux pour les réserves naturelles régionales (RNR) (il y en 18 dans la région, Ndlr) à hauteur de 200 000 € en autorisation de programme », peut-on lire dans le rapport de la commission du 20 septembre 2018. A titre de comparaison, les subventions directement orientées vers les RNR représentaient… 110 704 euros.

« Nous pensons que c’est loin d’être de la bonne gestion, ajoute Corinne Morel Darleux, membre du groupe Rassemblement citoyens, écologistes et solidaires (RCES). Dans la même veine, toutes les blouses des lycées professionnels ont dû être floquées aux couleurs de notre région et tous les plateaux de cantine des lycées sont remplacés par de nouveaux avec le bon logo. Cela peut paraître anecdotique mais cela créé des aberrations : les vêtements ont été livrés en retard sur la rentrée et les plateaux, tous de la même taille, ne seront pas adaptés aux rails de tous les self-services des cantines. »


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