Au Parlement européen, de vieux antagonismes se sont réveillés autour du « Paquet mobilité », un ensemble de trois textes mis en débat en 2017 qui visent à régulariser les conditions de travail des transporteurs routiers dans l’Union. Les pays de l’Est, mais aussi l’Espagne et le Portugal, prônent une libéralisation accrue du secteur. Ceux de l’Ouest insistent sur les conditions de travail des routiers et défendent des mesures a priori plus sociales.

Ces derniers, emmenés par Paris et Berlin, ont remporté une bataille début juillet. Les eurodéputés réunis en plénière ont voté contre les trois volets (les temps de conduite et de repos, l’application de la directive sur le détachement des travailleurs au secteur des transports et enfin, le cabotage. Dans leur version de juillet, ces trois textes renforçaient la flexibilité du secteur. L’ensemble du « Paquet mobilité » est donc revenu à la case départ. Les textes seront de nouveau examinés, à partir de l’automne, dans des commissions spécialisées du Parlement, et notamment celle du transport.

S’il finit par aboutir au Parlement, d’ici à la fin du mandat en mai 2019, il faut encore que les capitales s’entendent entre elles pour déboucher sur un accord. Vu l’intransigeance à l’est, un accord semble difficile. Quoi qu’il en soit, l’avenir du « Paquet mobilité » marquera la campagne des élections européennes de juin prochain. À travers ce texte, lié au statut des travailleurs détachés sur le continent, c’est l’avenir des droits sociaux qui se dessine au sein de l’Union européenne.

Déjà, la division de Bruxelles résonne sur les routes, où les transporteurs continuent à s’affairer et avalent les kilomètres, confrontés aux mêmes difficultés : éloignement familial, économie sur les frais de logement, temps de conduite extensible… Eux aussi doivent choisir leur camp, celui d’accepter ou de résister, celui de renoncer ou d’entrer dans la bataille de l’ultracompétitivité.

Mediapart a rencontré quatre chauffeurs – une Roumaine, un Ukrainien, un Français et un Allemand – dont le quotidien est soumis aux intérêts défendus à Bruxelles.

Chauffeur routier, un statut malléable

Le débat qui divise les eurodéputés porte notamment sur les contrats imposés aux routiers, car de plus en plus d’entreprises de transport ouvrent de simples boîtes aux lettres à l’autre bout du continent, afin de faire baisser artificiellement le coût du travail. Elles sont accusées de dumping social.


Retrouvez l’ensemble de ce panoramique, article multimédia écrit en collaboration Aline Fontaine, Carolin Küter et Natalia Lyubchenkova, sur Mediapart.