A la fois au cœur et en dehors de la ville. Il faut gravir deux volées de marches défoncées depuis le parvis de la gare Part-Dieu et rejoindre une plateforme de dalles brisées pour les rencontrer. Des dizaines de jeunes migrants – un sur deux environ se déclare mineur –, dorment là, au dos des hôtels Novotel et Athéna. En ce 4 septembre, c’est jour de rentrée pour la plupart des gamins. Mais pas pour ceux-là…

Originaires pour la plupart de Guinée ou de Côte-d’Ivoire, ils ont fui des violences familiales ou une pauvreté extrême pour rejoindre la France. Ils sont arrivés à Lyon en train, par hasard ou sous la pression d’un contrôleur SNCF. Beaucoup aussi… parce que l’Olympique lyonnais les faisait rêver ! « Moi, je suis fan de l’OL depuis tout petit », confie Ousmane, Guinéen de 16 ans avec une touche de naïveté qui contraste avec ses traits tirés. Le foot, comme pour beaucoup d’enfants de la troupe, c’est son rêve : le ballon rond est le deuxième argument de destination avancé par les enfants, après la perspective de l’école gratuite et francophone. « Le voyage a été dur, très dur. Mais je ne pouvais pas faire demi-tour, c’était pire là-bas », continue Ousmane. Pour lui, tout à basculé lorsque sa mère, malade et affaiblie, ne pouvait plus s’opposer à la volonté de son nouveau mari de ne pas le garder à charge.

Leurs valises ? Parfois de simples sacs en plastique

« Aujourd’hui, j’ai peur, ajoute Ousmane. Peur pour mes affaires. » La police est passée le matin même, avant 8 heures. Avant que les travailleurs ne traboulent pour se rendre sur leur lieu de travail. Comme d’habitude, les forces de l’ordre évacuent les lieux mais ne procèdent à aucune arrestation. Des jeunes migrants restent encore quelques minutes : ils s’assurent que les autorités ne se débarrassent pas de leurs affaires. Dans leurs valises, parfois de simples sacs en plastique, se mêlent le peu de choses qu’ils possèdent, de leur unique couverture à l’original de leur acte de naissance. Sésame, pour les moins de 18 ans, pour – peut-être – échapper à la rue.

En France, l’Etat a l’obligation de porter assistance aux mineurs. Cette mission a été confiée aux départements. Dans le territoire du Grand Lyon, c’est à la Métropole qu’échoit cette responsabilité, à travers la Mission d’évaluation et d’orientation des mineurs isolés plus connue sous son acronyme de Méomie. Les jeunes migrants y passent un entretien d’une heure, devant un assistant social qui doit déterminer si son interlocuteur a moins de 18 ans comme il le prétend, et s’il est bien « isolé », c’est-à-dire sans proche majeur avec lui. Le fonctionnaire se prononce sur la base de documents, dont l’acte de naissance quand le migrant en possède un, et sur son témoignage. Sur l’aspect physique également.

Si le migrant est reconnu « mineur isolé », c’est l’assurance pour lui d’être logé et nourri, grâce à l’aide sociale pour l’enfance du département ou, dans l’agglomération, du Grand Lyon. Il est placé dans les maisons de la Métropole ou des centres adaptés pour un coût de 150 euros par jour. La prise en charge temporaire dans une chambre d’hôtel coûte, elle, entre 80 et 100 euros. Il gagne aussi le droit d’être scolarisé. Sinon ? Retour à la galère de la rue. Signe de l’importance de l’entretien à la Méomie, les jeunes de Part-Dieu gardent précieusement sur eux le petit papier sur lequel est noté le jour de leur convocation. Mohammed Doumboya, Guinéen de 15 ans, peine à trouver ses mots en français, mais il montre avec insistance la date de son rendez-vous… 24 jours plus tard. Soit la perspective de dormir encore 24 nuits, au moins, dehors.

Faute de moyens humains, la Métropole de Lyon n’arrive pas à répondre à l’afflux de jeunes migrants dans l’agglomération. Les associations lui reprochent de « trier » avec bien trop de zèle les majeurs des mineurs. Ceux-là patientent de longues semaines voire des mois, à la rue. Jour et nuit.


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