Facebooktwittergoogle_pluslinkedinmail

Après avoir été les techniciens de Solvabilité 2, ces « pros » des calculs de risques s’emparent des « data sciences » pour aiguiser leurs compétences.

« Le métier d’actuaire réunit tout ce que j’apprécie : il allie mon amour des chiffres et ma curiosité du monde des affaires ; il est au cœur des compagnies d’assurances ; il m’a per- mis de voyager, de faire de nombreuses rencontres et de mieux appréhender le monde qui m’entoure. » Cette déclara- tion d’amour à sa profession est prononcée par Christian Kortebein. Aujourd’hui directeur du département actuariat chez Allianz France, cet Allemand de 47 ans encadre pas moins de 85 actuaires. « Nous sommes la plus grande direction actuarielle d’Allianz », précise-t-il.

Ainsi, Fabrice Monchal, 38 ans, directeur technique et gestion épargne d’Apicil, a commencé en alternance au sein de la compagnie lyonnaise où il a réalisé l’intégralité de son parcours. « Tout au long de ces années, mon métier m’a offert une composante technique mais aussi managériale, raconte ce cadre à la tête d’une équipe de 70 personnes. Surtout, il m’a donné, à tous les niveaux, le sentiment de contribuer à la maîtrise de la rentabilité de l’entreprise. » C’est à l’occasion de la réorganisation d’Apicil, en 2012, qu’il a obtenu son poste : « De façon assez classique, pour préparer l’entrée en vigueur de Solvabilité 2, le groupe a créé une direction technique actuariat distincte d’une direction des risques. En plus de mon périmètre gestion d’épargne, j’ai pris cette responsabilité. »

Besoin réglementaire

Cette directive européenne a en effet profondément changé le métier. Par exemple, depuis son entrée en vigueur en 2016, le rythme de production des reportings est devenu trimestriel alors qu’il avait toujours été annuel. « Dans le groupe, nous mettions trois mois avant d’obtenir les résultats Solvabilité 2, témoigne Jérémy Gaillard, 29 ans, gestionnaire actif-passif chez Groupama. Depuis quatre ans, nous réduisons la durée de production en repensant complètement le processus de calcul. » A présent, le gain lié à ce changement de paradigme est triple : la société est aux normes, les reportings sont plus réguliers, et les actuaires peuvent se concentrer sur la valeur ajoutée de l’analyse et non sur la production pure de chiffres. « De la contrainte naît l’innovation », résume Jérémy Gaillard.

Cette mutation réglementaire, qui offre un rôle à la fois plus innovant et plus conséquent pour bon nombre d’actuaires, a créé un appel d’air sur le marché. « Chez EY, il a fallu renforcer sensiblement nos équipes, atteste Franck Chevalier, associé et dirigeant du conseil en actuariat du cabinet en France. Le secteur a eu besoin de quatre fois plus d’actuaires. »Et les recrutements se poursuivent : selon une enquête de l’Institut des actuaires qui rassemble 3.687 membres (dont près de 85 % sont en Ile-de-France), la moitié des managers embauchent en 2016-2017. Les salaires reflètent cette chasse aux talents, avec une moyenne annuelle de 66.166 euros brut. Les actuaires en position de manager touchent en moyenne 100.306 euros et peuvent obtenir beaucoup plus à mesure qu’ils prennent en charge des équipes importantes.

Au fil des années, il est relativement naturel d’accéder à des postes de management. C’est le cas ce mois-ci de Marion Martin, 36 ans, chez Axa. Elle a rejoint le groupe en 2010, après six ans au sein d’un cabinet de conseil spécialisé en assurance, au moment où il développait les modèles dans le cadre de Solvabilité 2. Le 15 mars dernier, elle a été promue responsable en charge de la coordination de la fonction actuarielle, sous la responsabilité de son manager, à une des fonctions clés établies par la directive (vérification de la conformité, gestion des risques, fonction actuarielle et audit interne). « Mon rôle est de diffuser les bonnes pratiques et la culture du risque au sein de l’ensemble du groupe », précise cette actuaire diplômée de l’Institut de science financière et d’assurances (Isfa) de Lyon.


Retrouvez l’intégralité de l’article de page 38 L’Agefi Hebdo du 30 mars au 5 avril