Via un marché public d’au moins 4,5 millions d’euros pour 2020, la collectivité a confié au groupement d’associations RelYance la mission de loger et d’accompagner, à terme, 345 mineurs étrangers. Mais entre la démission d’une partie de ses éducateurs et la fermeture en série d’appartements, le dispositif souffre de sérieuses difficultés.

L’un fait le ménage, son voisin termine la vaisselle, les autres discutent de leur journée en apprentissage. Plomberie, BTP, restauration… Les jeunes hommes – des mineurs ayant fui leurs pays d’origine en Afrique – travaillent dur la journée. « Le soir, ils peuvent rentrer chez eux, partager un repas. Et nous venons nous assurer que tout va bien », détaille Pierre‐Antoine Lepage, directeur général du groupement d’associations qui gère les lieux, RelYance Terrami(e)s.

L’organisme est chargé de l’hébergement et de l’accompagnement de jeunes migrants, scolarisés le plus souvent en alternance dans des métiers en tension. Pour notre venue, ce jeudi 12 mars au soir, le responsable, assisté de deux éducateurs, a concocté une visite digne d’un voyage de presse. « Ici, c’est une colocation qui se passe bien », précisent‐ils, un peu tendus par cet exercice de communication. Au même moment, le président de la République annonce la fermeture des écoles, prémices du confinement général qui suivra quelques jours plus tard [lire ci‐dessous l’encadré En coulisses].

Belle vitrine

Cinq jeunes migrants d’origine africaine, reconnus mineurs par les services de la Métropole de Lyon, habitent dans cette petite rue calme du 3e arrondissement. L’appartement est haut de plafond, rafraîchi, meublé sans harmonie mais de manière confortable. L’ambiance est sereine. « Nous accueillons ainsi 165 jeunes migrants dans des appartements un peu partout dans toute la Métropole, poursuit Pierre‐Antoine Lepage. Et ce, en quelques semaines seulement d’existence. »

La vitrine est belle. Des jeunes autonomes dans des appartements bien tenus. Un accompagnement social de qualité. Aux antipodes de la situation documentée par Mediacités dès 2017, quand les services du Grand Lyon dépassés se montraient incapables de remplir leur mission de protection de l’enfance, qui concerne les mineurs non‐accompagnés (MNA), ces jeunes migrants arrivés seuls sur le territoire français. A l’époque, la collectivité est régulièrement accusée de se montrer très sélective avant de leur reconnaître le statut de mineur, laissant bon nombre de jeunes à la rue, sans solution d’hébergement [lire dans nos archivesMigrants : l’insupportable attente des mineurs isolésou cette tribuneMineurs isolés à la rue : urgence !”].

Plus de deux ans après, la situation s’est améliorée. Depuis avril 2018, la Métropole a confié à l’ONG Forum réfugiés le soin d’évaluer l’âge des jeunes migrants qui demandent sa protection et a ouvert de nouveaux lieux d’accueil, perçus toutefois comme insuffisants ou trop « low cost » par certaines associations.

Progrès spectaculaires

Dans un autre appartement géré par RelYance, proche du métro Debourg (7e arrondissement), seuls deux jeunes sont logés. En fond sonore, sur la télévision, la série Big Bang Theory. Le canapé‐lit au milieu du salon est soigneusement replié au moment de l’arrivée de l’équipe des éducateurs, pour mieux les accueillir : « Comment s’est passé votre journée ? » « Ça va, ça va… », répondent nonchalamment les deux adolescents.

La Métropole ne dit pas autre chose. Dans un document intitulé « Point d’étape sur la prise en charge du public par la Métropole de Lyon » et daté du 29 janvier dernier, que Mediacités Lyon s’est procuré [voir ci‐dessous], l’exécutif du Grand Lyon communiquait des chiffres très encourageants aux élus de la majorité et de l’opposition. Début 2020, plus de 1 700 mineurs non accompagnés et jeunes majeurs ex‐MNA avaient été pris en charge par la Métropole. Le nombre de jeunes seuls à l’hôtel, sans encadrement, est passé de 700 en janvier 2019 à seulement 150 un an plus tard. Une amélioration spectaculaire.

Pour parvenir à ce résultat, 500 places d’hébergement pérennes ont été créées dans le cadre d’un appel à projets attribué en juillet 2019 et mis en œuvre dans les mois suivants, conformément aux engagements de l’actuel président du Grand Lyon David Kimelfeld. Un tour de force ? Plutôt un tour de passe‐passe, alertent d’anciens éducateurs spécialisés de RelYance, qui ont préféré rendre leur tablier.

Un groupement d’associations monté à la hâte

Responsable de la création de 345 places sur les 500 programmées, la plateforme RelYance, qui regroupe trois acteurs majeurs de la protection de l’enfance lyonnaise (l’association Le Prado, la fondation AJD et l’association Acoléa), a été le principal bénéficiaire de l’appel d’offres de la Métropole. Les places restantes ont été réparties entre trois autres associations (Orsac, OVE, Léo Lagrange). « La direction du Prado a expliqué de manière informelle qu’il fallait y aller, sinon ce serait un groupe comme Sodexo qui l’emporterait, raconte Rachid Hmamouch, délégué du personnel de l’association. Ils ont lancé une toute nouvelle équipe, compétente mais indépendante. »      

Officiellement, le dispositif baptisé “Terrami(e)s” a accueilli ses premiers jeunes en janvier 2020. Mais dans les faits, sous la bannière RelYance, deux équipes d’éducateurs (une du Prado et une d’Acoléa) s’occupent de mineurs étrangers depuis l’été 2019, dans la foulée de l’attribution du marché. Les débuts ont été chaotiques. Dès ses premiers mois d’activité, RelYance a essoré neuf salariés, provoquant le départ de la quasi‐totalité de l’équipe initiale. Mediacités a recueilli les témoignages de ces éducateurs. Ils évoquent la pluie qui s’infiltrait dans leur bureau mais aussi les frais d’habillement des jeunes migrants avancés sur leurs deniers personnels. Ils ont fini par être remboursés des mois plus tard… parfois après la fin des contrats.

« Au départ, j’étais emballée par le projet. L’objectif qu’on m’avait présenté était de vider les squats, comme celui de Maurice Scève [voir notre reportage photoMigrants : six mois dans les squats du Grand Lyon”] pour offrir de bonnes conditions d’hébergement aux mineurs isolés », raconte Corinne * . « Nous avons été embauchés par Le Prado et j’avais une vraie fierté à rejoindre cette association reconnue », se rappelle Nicole, recrutée l’été dernier. Mais dès l’arrivée dans les locaux situés à côté de la Part‐Dieu, l’équipe déchante.                       

Les vingt appartements – pour cinquante jeunes accueillis – sont fraîchement repeints mais presque vides. « Certes, il y avait toujours un lit et un frigo mais les jeunes mangeaient à même le sol, sans table, complète Thomas. Nous avons dû nous débrouiller pour trouver des dons de meubles et d’électroménager en nous déplaçant partout, souvent avec un véhicule personnel pour aller les chercher. » Le nec plus ultra pour les jeunes étant de disposer d’un canapé et d’une télévision.

___

Retrouvez l’intégralité de l’article en vous abonnant à Médiacités Lyon.