3 janvier 2020 Par Morgane Remy et Eva Thiébaud

Profitant de la dépendance du Yémen aux hydrocarbures et de la bienveillance des autorités, la multinationale française s’est imposée à partir du milieu des années 1990 comme un acteur majeur dans la transformation et l’exportation de gaz. Alors que le pays veut relancer son activité, Total se retrouve plus que jamais en position de force.

« La reprise des exportations de gaz est importante pour le peuple yéménite. La population a besoin de nourriture, de médicaments, de services et d’éducation », déclare auprès de Mediapart Rajeh Badi, le porte-parole du gouvernement yéménite. Nul doute que le Yémen rêve de relancer ses ventes de gaz. L’unique usine de production du pays, détenue à près de 40 % par le géant français Total, pouvait en effet en fournir chaque année presque 7 millions de tonnes sous forme liquéfiée, avant son arrêt lié à la guerre en 2015.

Une source de revenus incontournable pour le pays le plus pauvre du Moyen-Orient, qui pourrait rapporter « près d’un milliard de dollars par an », selon le ministre du pétrole Aous Al-Awd. Au-delà du gaz, le Yémen dépend des hydrocarbures : avant la guerre, les exports de gaz naturel liquéfié (GNL) et de pétrole procuraient à l’État plus de la moitié de ses revenus annuels, soit autour de 5 milliards de dollars selon les chiffres du FMI.

Bien inférieure à celle de ses riches voisins du Golfe, cette manne financière a toutefois pu faire tourner la tête de certains dirigeants. L’ancien président Ali Abdallah Saleh lui-même était « soupçonné d’avoir amassé, pendant ses trente-trois années au pouvoir, entre 32 et 60 milliards de dollars », écrivent des experts de l’ONU. Pendant ce temps, quasiment la moitié de la population, soit plus de 10 millions de personnes, se trouvait « en situation d’insuffisance alimentaire », selon les chiffres 2012 de l’IPC, organisme chargé de mesurer l’insécurité alimentaire dans le monde.

Une famine qu’une guerre meurtrière est venue aggraver en 2014. Le conflit oppose d’abord l’ancien président Saleh allié aux Houthistes (un groupe armé chiite qui a pris possession du nord du pays) et le gouvernement reconnu par la communauté internationale d’Abdrabbo Mansour Hadi. Puis en 2015, les affrontements prennent une dimension régionale avec l’intervention aux côtés du président Hadi de l’Arabie saoudite et des Émirats arabes unis.

C’est aussi en 2015 que l’unique usine de liquéfaction de gaz du pays, qui est située à Balhaf au sud du Yémen, est arrêtée. Elle est par la suite partiellement transformée en caserne militaire par les Émirats (lire notre enquête Que renferme le site gazier dont Total est actionnaire ?), voire en prison secrète, selon le rapport publié jeudi 7 novembre par les associations l’Observatoire des armements et SumOfUs en collaboration avec les Amis de la Terre.

Retrouvez l’intégralité de l’enquête sur Mediapart.