La situation des mineurs étrangers isolés présents dans la métropole s’est sensiblement améliorée depuis le précédent hiver, mais l’engorgement des structures d’accueil et le recours aux particuliers pour pallier le manque d’hébergements – une solution « low cost », dénoncent des militants associatifs – restent problématiques.

Où sont passés les dizaines d’adolescents et d’enfants, venus de Guinée, du Mali ou de Côte-d’Ivoire, qui occupaient jour et nuit une dalle à proximité de la gare Part-Dieu ? En septembre et décembre 2017, Mediacités les avait rencontrés et avait raconté leur calvaire : l’attente à la rue, les errements de leur prise en charge, les services du Grand Lyon débordées. Depuis, la situation des mineurs étrangers non accompagnés présents dans l’agglomération lyonnaise a sensiblement évoluée. En mieux.

Comme le président de la Métropole David Kimelfeld s’y était engagé, un centre d’accueil temporaire a été ouvert en février 2018 à Collonges-au-Mont-d’Or, dans l’ancienne maison de repos Notre-Dame-du-Grand-Port, réhabilitée pour l’occasion. Vingt-cinq lits et cinq travailleurs sociaux, le tout géré par Habitat et Humanisme. Le Grand Lyon a également sollicité une autre association, Forum Réfugiés, à laquelle il a confié le soin de déterminer l’âge des jeunes migrants pour soulager son service de la Méomie (Mission d’évaluation et d’orientation des mineurs isolés) au bord de l’explosion. Forum Réfugiés héberge ainsi en permanence 25 adolescents le temps d’ une évaluation contradictoire . Ceux qui sont reconnus comme mineurs bénéficient d’une prise en charge au titre de la protection à l’enfance, une compétence exercée par les départements et donc par le Grand Lyon sur son territoire. Enfin, le dispositif de répartition nationale – une procédure pensée pour répartir de manière équitable les mineurs isolés sur l’ensemble des départements – est devenu effectif dans le Rhône, après des années de blocage. Quarante jeunes ont ainsi été « réorientés » depuis Lyon ces quatre derniers mois.               

1528 mineurs en 2018, 1064 en 2017

Mais le centre de Collonges, celui de Forum Réfugiés ou « la répartition nationale » ne concernent que 90 personnes. La réalité de la prise en charge est d’une toute autre ampleur. En 2018, elle a concerné 1528 mineurs non accompagnés contre 1064 en 2017, selon les chiffres obtenus par Mediacités, que la Métropole nous a confirmés. Et en janvier dernier, on comptait 51 jeunes supplémentaires, qui ont désormais le droit d’être scolarisés et mis à l’abri. Où logent-ils ? A l’hôtel pour 600 d’entre eux, où le Grand Lyon les place à plusieurs par chambre.

Une solution a minima : « Une fois à l’hôtel, personne ne les encadre ou ne les aide, déplore Michèle Françoit, bénévole de Réseau éducation sans frontière (RESF). Malgré leur traversée, avec des étapes souvent traumatisantes en Libye et en Méditerranée… » Nombre de militants associatifs dénoncent une solution de facilité, au rabais. A la journée, le coût pour le Grand Lyon d’un jeune migrant hébergé à l’hôtel revient à 70 euros, dont 15 euros pour la nourriture et les transports. C’est trois fois moins qu’un placement en foyer spécialisé (195 euros) ou deux fois moins qu’en maison d’enfants à caractère social (162 euros). « L’hôtel n’est pas privilégié en raison de son coût mais parce qu’il n’y a pas suffisamment de places dans les structures d’hébergement », rétorque-t-on du côté de la Métropole.

Solliciter les particuliers

La collectivité a en tout cas décidé de débloquer des moyens : 50 millions d’euros pour 2019, contre 30 millions en 2018 et 17 millions en 2017, incluant l’aide de l’État . La somme devrait permettre d’ouvrir 300 places d’accueil de jour et 500 places d’hébergement gérées par des associations habilitées à l’aide sociale à l’enfance. 850 autres places d’accueil temporaire sont aussi au programme pour les jeunes qui ont déjà passé leur évaluation et attendent la décision du juge des enfants. « Ces créations nécessitent du temps car nous sommes dans le cadre d’appels à projet », précise-t-on à la Métropole.        

En attendant, comment pallier l’urgence ? David Kimelfeld a fait le choix de solliciter très prochainement des particuliers. Contre une indemnisation (19,40 euros par jour*), des volontaires s’engageront à héberger des jeunes migrants. « Recourir à des familles d’accueil est une solution pragmatique pour trouver des places rapidement, sans avoir à adapter ou construire de nouveaux bâtiments », commente Joris Darphin, cofondateur de l’association l’Ouvre-porte, qui vient de créer Démèsis en vue de fédérer les accueils citoyens. Reste, avant de lancer ce dispositif, à déterminer comment il sera contrôlé afin d’éviter que les adolescents concernés ne deviennent des employés de maison bon marché.

« Une façon d’externaliser le problème en se basant sur notre bonne volonté ? »

Les associations s’inquiètent d’un autre risque : la rupture d’égalité de traitement entre mineurs isolés. « N’est-ce pas un accompagnement low cost, une façon d’externaliser le problème en se basant sur notre bonne volonté ?, s’interroge Anne Charmasson-Creus, qui s’occupe du squat installé dans l’ex-collège Maurice Scèves, sur le plateau de la Croix-Rousse. Nous voyons déjà des jeunes qui arrivent sur recommandation de la police. Elle les dirige vers nous en les invitant à aller “au foyer illégal”. »

L’ancien établissement scolaire du 4e arrondissement accueille environ 200 personnes, dont une soixantaine de migrants qui se disent mineurs, selon Jean-Paul Vilain, président de la Coordination urgence migrant (CUM), impliqué dans la vie du lieu. « Il y a des mineurs parmi nous, confirme un Guinéen de 24 ans. S’ils ont voyagé et traversé tout ce qu’ils ont traversé, c’était pour trouver un pays qui les protège. Or, ici, ils sont mélangés avec des grands, confrontés à des problèmes de santé et ils ne vont pas à l’école.


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