Alors que le Parlement vient d’adopter un projet de loi sur les agences d’emploi privées, retour en trois actes sur le gâchis du Contrat d’autonomie.

Mis en place par des opérateurs privés de placement (OPP), le dispositif du Contrat d’autonomie a mené à des abus. À l’heure où l’examen du projet de loi sur les agences d’emploi privées vient de se terminer avec l’adoption du texte par le Sénat, retour en trois actes sur une idée qui s’est révélée un beau gâchis.

Acte I – Une attention portée sur les banlieues

«Nous avons fait des choses assez hallucinantes pour placer les jeunes bénéficiaires du Contrat d’autonomie», témoigne aujourd’hui Carole*, une ancienne employée d’Ingéus, révoltée par les pratiques de cet OPP.

Tout avait pourtant commencé par des bonnes intentions, dans le cadre du plan Espoir Banlieues – Une dynamique pour la France, présenté par Nicolas Sarkozy en 2008 et préparé par la secrétaire d’État à la Ville Fadela Amara. Ce «Plan Marshall» pour les banlieues fait suite aux mouvements de révolte qui ont secoué les quartiers défavorisés en 2005, et contient en son cœur un nouveau dispositif: le Contrat d’autonomie. Un colossal appel d’offres d’État est lancé en 2008, à faire pâlir d’envie Pôle Emploi et les missions locales –ces associations membres du Service public de l’emploi et dédiées à l’accompagnement des 16-25 ans–, qui voient pour leur part leur budget stagner.

Dans les 35 départements concernés, l’appel d’offres a pour objet l’accompagnement de 45.000 jeunes, avec entretiens réguliers et ateliers collectifs pendant six mois, mais aussi une bourse mensuelle de 300 euros. L’objectif? La «sortie positive» du jeune adulte suivi: accès à l’emploi durable, à une formation professionnelle qualifiante ou à la création d’entreprise. Ce marché public met en concurrence tous les acteurs du marché, y compris privés, pour aller chercher des jeunes adultes au «pied des tours des banlieues» et leur offrir une nouvelle chance.

Beaucoup d’argent est investi afin d’aider ces jeunes à renouer avec le monde du travail. À la rentrée 2008, les marchés sont attribués, avec à la clef pas moins de 337 millions d’euros d’engagements financiers, selon la Délégation générale à l’emploi et à la formation professionnelle (DGEFP).

L’opérateur privé de placement Ingéus, fraîchement débarqué d’Australie, remporte cinq marchés. De son côté, l’entreprise de Loire-Atlantique C3 Consultants en décroche trois. Sollicités à plusieurs reprises, aucun des deux n’a accepté de répondre à nos questions.

Outre les OPP, des associations, organismes publics de formation, agences d’intérim ou missions locales (comme à La Réunion ou dans le Haut-Rhin) composent les groupements. Au final, tous remportent une victoire sonnante et trébuchante: selon un rapport du Sénat de 2012, un Contrat d’autonomie coûtait de l’ordre de 8.500 euros à la collectivité, contre 370 euros en moyenne en mission locale pour un contrat équivalent.

Au départ, pourtant, des garde-fous sont mis en place. «Il faut savoir qu’il y avait trois temps de facturation, raconte Carole, l’ex-salariée d’Ingéus. L’OPP touchait 35% à la signature du Contrat d’autonomie, 45% à la « sortie positive » du jeune, et enfin 20 % au maintien du jeune dans l’emploi.»

Le prestataire perçoit en moyenne près de 3.000 euros à la signature du contrat, d’où la tentation de favoriser l’entrée d’un maximum de personnes dans le dispositif. «Mais attention! Nous devions tout de même mettre de côté les 1.800 euros nécessaires au versement de la bourse mensuelle des jeunes, précise une directrice d’agence ayant mis en œuvre le Contrat d’autonomie. Nous étions finalement rentables quand plus du tiers de nos jeunes trouvaient un poste et le conservaient.»

Acte II – L’émergence de mercenaires de l’insertion

Parfois, pour toucher le reste du chèque, l’intérêt des jeunes a été un peu «oublié» au profit… du profit. «Le Contrat d’autonomie a favorisé l’émergence d’acteurs opportunistes, qui n’étaient pas très anciens sur les territoires, ni sur le champ de l’accompagnement professionnel», analyse Michel Clézio, président de la Fédération nationale des unions régionales des organismes de formation.

Article co-rédigé avec Eva Thiébaud.
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